CLub de l'Histoire de l'Anesthésie et de la Réanimation

Pulmotor Dräger

Cazalaà Jean-Bernard

date de publication : 1911

Présentation rédigée par Cazalaà Jean-Bernard   mise en ligne : samedi 3 décembre 2005


Le docteur Rozada (Rouen) a retrouvé un appareil de ventilation artificielle

Cet appareil a été construit à partir de 1911 par Dräger. Des recherches ont permis de retrouver un article de La science et la vie de 1913. On retrouve aussi sa trace dans le livre de Mushin sur les ventilateurs.
Il s’agit du premier relaxateur de pression avec une pression insufflation positive fixe de 20 cm H2O et une pression expiratoire de même niveau !!. Le concept moderne de l’époque était de prôner la ventilation artificielle pour les premiers secours.

En voici sa description et l’explication de ce nouveau concept.

Description schématique du " Pulmotor "
C, cylindre à oxygène,- V, soupape de fermeture, - D, régulateur, - S, tuyère d’aspiration et de refoulement, - L, chambre de distribution, - B, soufflet en cuir qui permet de passer de l’aspiration au refoulement, - E, tuyau servant à l’arrivée de l’air pur, - A, tuyau d’évacuation de l’air que la respiration a chargé de gaz carbonique. 

LES ASPHYXIES RANIMES PAR LE PULMOTOR

Extrait de " La science et la vie " n°4 - juillet 1913
- Avec le pulmotor on pourra désormais, ranimer les asphyxiés les plus récalcitrants.

Un poste de secours aux noyés utilisant le Pulmotor.
Les scaphandriers ont ramené sur la berge un noyé dont on essaie de faire réapparaître les mouvements respiratoires à l’aide de l’aspiration et du refoulement d’air que provoque le jeu du Pulmotor.

On emploie depuis longtemps le procédé classique de la respiration artificielle pour rappeler à la vie les asphyxiés par le gaz d‘éclairage, l’oxyde de carbone, le lysol, de même que les noyés, les victimes d’accident dus au courant électrique ou au chloroforme, etc.

Les différentes manœuvres utilisées dans le but de ramener les asphyxiés à la vie sont bien connues. Elles ont toutes pour but de forcer le sang à se charger de l’oxygène en produisant artificiellement les mouvements d’inspiration et d’expiration.

C’est pour cela qu’on fait effectuer aux bras de l’asphyxié des mouvements dont le résultat est de dilater ou de comprimer la cage thoracique. Les poumons suivent la paroi costale dans ces différents mouvements.

Les tractions rythmées de la langue qui accompagnent d’ordinaire cette gymnastique passive ont une grande influence pour la réapparition des mouvements respiratoires spontanés et le secret de leur action est d’ordre nerveux.

Ces différentes manœuvres, encore qu’elles demandent, pour être réellement profitables, à être exécutées par des personnes exercées, ne manquent pas d’être longues et pénibles. La personne qui les effectue se fatigue rapidement, cependant que ses efforts n’amènent que très lentement de l’air frais aux poumons ; ce n’est qu’après des manœuvres prolongées que l’on parvient à un succès qui demeure le plus souvent incertain.

Le besoin de trouver quelque chose de meilleur que le procédé ordinaire s’est surtout fait sentir depuis que l’on connaît les merveilleux effets qu’exerce l’oxygène sur l’activité des poumons et sur celle du cœur, même lorsque ces organes sont presque complètement arrêtés.

L’appareil automatique de rappel à la vie que nous décrivons ici, utilise précisément la puissance régénératrice de ce gaz et il revêt la forme d’un simple inhalateur d’oxygène dont les usages thérapeutiques sont si fréquents.

Le principe de construction de cet appareil, appelé "Pulmotor" :

Une tuyère unique donne passage à l’air, qu’il soit refoulé par la machine (air d’inspiration) ou aspiré par elle (air d’expiration). Le passage du " refoulement " à " l’aspiration " se fait automatiquement ; le rythme de la respiration se règle spontanément suivant la grosseur des poumons, et comme l’air comprimé et l’aspiration ne sont pas nuisibles à l’organisme, on obtient cet effet, en apparence paradoxal, qu’un corps complètement inanimés commence à respirer régulièrement dès qu’on le met en communication avec l’appareil.

Si l’organisme en état de mort apparente conserve encore une légère circulation du sang, si faible soit-elle, les poumons s’approvisionnent d’oxygène comme dans la respiration naturelle et cela fournit les conditions les plus favorables pour ramener un asphyxié à la vie.

L’ensemble de l’appareil, relativement simple, est contenu dans un boîte en bois, légère et peu encombrante, qui peut être portée commodément par une seule personne

Le rappel à la vie de pompiers asphyxiés par des gaz délétères
Le corps des pompiers de Berlin a été muni de Pulmotor. On voit ici deux victimes qu’on s’emploie à ranimer à l’aide de ce nouveau mode de respiration artificielle.

Le fonctionnement du Pulmotor

Pour la mise en service de l’appareil, on relève le couvercle de la boîte. Celle-ci renferme deux appareils distincts : un inhalateur d’oxygène pour les inhalations ordinaires, qui est fixé au couvercle de la boîte, et l’appareil proprement dit pour la respiration artificielle, qui se trouve à l’intérieur de la boîte.
Le cylindre à oxygène C et le régulateur D sont communs aux deux appareils, et, en se déplaçant à gauche ou à droite un levier convenablement disposé sur ce régulateur D, on met en action l’un ou l’autre appareil.

L’oxygène, comprimé dans le cylindre d’acier, est retenu par sa soupape de fermeture V. Dès qu’on ouvre cette dernière, il faut que l’un des deux appareils commence à fonctionner.
Le cylindre contient 330 litres d’oxygène, ce qui suffit pour entretenir l’activité du Pulmotor pendant quarante minutes.
L’oxygène passe du régulateur à une tuyère d’aspiration S qui aspire, avec une certaine énergie, une grande quantité d’air et qui chasse cet air avec la m^me énergie (par refoulement) dans le tuyau souple, disposé en avant de cette tuyère. Celle-ci, on le voit, sert de moteur pour remplir et vider alternativement les poumons.
Le Pulmotor est établi pour une pression correspondant à une colonne d’eau de 20 cm, et une puissance d’aspiration correspondant à une colonne de 25cm.
Un autre organe essentiel, c’est la chambre de distribution d’air l, munie de soupapes de distribution sans frottement qui ne sont influencées ni par les impuretés ni par les liquides.
L’aspiration et le refoulement se produisent automatiquement
L’originalité la plus remarquable consiste, toutefois, en un petit soufflet en cuir plissé en accordéon B, qui permet, sans interruption de passer automatiquement de l’aspiration au refoulement et réciproquement.
Dès que les poumons sont pleins, le soufflet se gonfle et son mouvement met automatiquement les soupapes sur " l’aspiration ". l’opération contraire se produit ensuite : lorsque les poumons sont vides, le soufflet se contracte. Les soupapes sont remises automatiquement sur le "refoulement ", et ainsi de suite.
C’est ainsi que le rythme respiratoire voulu s’établit spontanément, avec une vitesse variable en raison inverse de la capacité des poumons.
Le sauveteur peut, entre temps, consacrer toute son attention à des choses plus importantes, surtout à tenir la trachée-artère ouverte et l’œsophage fermé.
Le masque comporte deux tuyaux qui sont essentiels pour le succès de la respiration artificielle.
L’un deux le tuyau E, sert exclusivement à l’arrivée d’air pur, tandis que l’autre, le tuyau A, sert exclusivement à l’évacuation de l’air comprimé, qui contient de l’acide carbonique. De cette façon, l’air résiduel ne peut pas retourner dans les poumons. La liaison étroite entre les tuyaux du Pulmotor et les organes respiratoires est assurée par un masque qui recouvre la bouche et le nez.

Le corps des sapeurs-pompiers de Berlin se sert d’un Pulmotor légèrement modifié ; il est muni d’un tuyau qui permet de le relier à un cylindre d’oxygène plus volumineux.

Si l’on songe aux milles dangers qui menacent quotidiennement les ouvriers des différentes industries et ceux qui nous guettent en voyage, au théâtre, ou même simplement durant notre sommeil —par suite du mauvais fonctionnement d’une cheminée — on ne peut que désirer la généralisation d’un procédé qui permet de lutter avec efficacité contre la mort par asphyxie.

Il y a, chez tous les asphyxiés, un stade pendant lequel il est encore possible de les rappeler avec succès à la vie. Nombre d’entre eux ne meurent que par suite du retard apporté dans l’exécution des manœuvres qui les auraient sauvés. Le cœur est arrêté, mais il lui suffit de recevoir un sang qui s’est enrichi d’oxygène au niveau des poumons pour recommencer à battre. De plus, il y a des rapports nerveux très étroits entre le rythme de la respiration et celui des pulsations cardiaques.

Quelle que soit la valeur des tractions de la langue, il est évident que le fonctionnement du Pulmotor n’exige que peu d’initiative, alors que le résultat qu’on en peut espérer présente cependant la ? ^lus grande certitude possible par suite du jeu de l’air qu’il provoque et qui, par son aspiration et son refoulement, est la copie exacte du phénomène de la respiration.

Il est donc à souhaiter que les postes de secours, que l’on établit toujours plus nombreux dans les villes et le long des cours d’eau, soient munis d’un appareil qui permet de ranimer les asphyxiés, les noyés et, en général, tous ceux qui sont en état de mort apparente

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